Gabon: France–Afrique: Sarkozy dans le piège des Accords de défense « obsolètes » de 1960, pour l’Afrique seul un partenariat équilibré
en matière de sécurité compte (Par J.C. KOMBILA - Gabonnews)
Libreville, 2 mars (GABONEWS) – Président de la République française, Nicolas Sarkozy a prononcé, jeudi 28 février, au Cap, devant le Parlement d’Afrique du Sud rassemblé, un discours
pour le moins historique concernant l’avenir à redessiner de la longue et archaïsante coopération franco-africaine, nécessitant à ses yeux une profonde mutation de la politique de son pays dans
certains domaines pourtant vitaux, en particulier celui de la Défense et la Sécurité, dans lequel Paris a conclu des Accords avec plusieurs Etats africains peu avant les indépendances acquises en
1960, pour la plupart d’entre ces derniers.
Bien avant même son accession à la magistrature suprême, alors qu’il n’était que candidat déclaré dans la course à l’Elysée, Nicolas Sarkozy n’avait eu de cesse de
fustiger les Accords de Défense conclus à l’époque du Général de Gaulle - le fondateur de la Vè République – avec les jeunes Etats du continent noir et de l’Océan indien, tout en promettant de
les remettre en cause. Tout au moins de les adapter au temps moderne.
A ce propos, il s’était présenté à ses concitoyens comme l’homme de la « rupture », par rapport à son prédécesseur à l’Elysée, issu comme lui de la Droite, en l’occurrence, le président Jacques
Chirac, et dont il fut souvent, et même longtemps, l’un des ministres de premier plan.
Alors que peu de temps après s’être fait élire triomphalement à la tête de la France, en fondant son discours offensif sur ce leitmotiv, le nouveau chef de l’Etat s’est trouvé rattrapé par la « realpoltik » en la matière, en donnant des signes d’impuissance à concrétiser ladite « rupture », ainsi qu’on l’a noté à l’aune de sa première tournée post-électorale en Afrique subsaharienne, en juillet 2007, avec l’étape mouvementée du Sénégal, avant de se rendre au Gabon.
Où, justement, dans le Jardin de l’Hôtel Rendama, le président français avait fait l’éloge des bases militaires de la France en Afrique, singulièrement celle de Libreville qui « ne pose pas de problème », de l’avis de Nicolas Sarkozy. Et même, de l’avis unanime. Mis à part celle-ci, les autres bases de l’Armée française se trouvent au Sénégal, de Côte d’Ivoire, de RCA, et de Djibouti.
Qu’à cela ne tienne, le chef de l’Etat français a saisi l’occasion d’une nouvelle tournée en Afrique pour reprendre l’offensive contre les Accords de défense paraphés entre Paris et certaines capitales africaines. « La présence militaire française en Afrique repose toujours sur des accords conclus au lendemain de la décolonisation, il y a 50 ans » a déploré Nicolas Sarkozy.
« Je ne dis pas que ces accords n’étaient pas justifiés. Mais j’affirme que ce qui a été fait en 1960 n’a plus le même sens aujourd’hui. La rédaction est obsolète et il n’est plus concevable, par exemple, que l’armée française soit entraînée dans des conflits internes. L’Afrique de 2008 n’est plus l’Afrique de 1960. La France en tirera toutes les conséquences avec ses partenaires africains », a-t-il conclu.
On ne saurait, ne pas relever que ce discours du président Nicolas Sarkozy intervient, peu de temps après ce que les médias dans l’Hexagone ont appelé le « sauvetage militaire » du régime tchadien par l’Elysée, en février 2008. En effet, des voix critiques, à Paris, ont pointé ce soutien au gouvernement légal de Ndjaména, en faisant valoir que le président Sarkozy a perdu de vue que la France est liée au Tchad par de simples accords de coopération militaire technique, et non par un Accord de défense, en principe, plus contraignant, comme c’est le cas avec la Côte d’Ivoire, le Sénégal, les Comores, Djibouti, le Gabon et plus récemment avec la Libye. Nonobstant, le mérite reconnu à Paris d’avoir contribué à éviter le renversement d’un pouvoir légal par une coalition de mouvements rebelles soutenus à l’échelle régionale, on convient à travers cette crise que la France forte de ses intérêts économiques et commerciaux au Tchad, au-delà en Afrique, reste encore prise dans le piège de ces Accords de défense.
Elle se trouve d’autant prise au piège que ces Accords soulèvent des interrogations. Au point qu’on se demande jusqu’où peut aller le nouveau président français. On est au moins sûr d’une chose, c’est que le débat qu’il demande aux dirigeants africains sur cette question risque de mettre à nu la doctrine ayant motivé ces accords, laquelle était « mauvaise » pour l’Afrique, car ne prenant pas toujours en compte ses propres intérêts, mais plutôt bénéfique pour la France, car dictée sur l’urgence et donc basée sur une vision à court terme de la sauvegarde des intérêts français. Au fond, elle était également « mensongère », car elle énonçait publiquement des impératifs de générosité, de désintéressement, alors que les objectifs étaient ailleurs.
Evidemment, on se demande, par exemple, si les mécanismes de leur élaboration relèvent du droit international, ou si au contraire ils relèvent d’un autre domaine. On se demande aussi, comment est-ce possible, qu’un vieux pays, la France signe des accords de coopération viables et mutuellement bénéfiques avec des anciennes colonies non encore indépendantes, comme le Gabon. La question de la légitimité de ces accords s’est également posée objectivement. Pourquoi ont-ils été conclus avant les indépendances ?
Visiblement, le défi est d’envergure pour le président Sarkozy partisan de la « transparence », donc conscient que dans le domaine de la défense, qu’il y a un pan important du dispositif des accords dis « accords spéciaux » autrement dits « accords secrets » ? qui justifient la grande marge de manœuvre des militaires français dans ces pays respectifs.
On croit savoir une chose : que l’initiative de mettre ces accords sur la table vienne de Paris n’effraie pas les dirigeants africains. Pour leurs opinions publiques, aussi, « c’est une bonne chose », d’autant qu’à leurs yeux ces accords de défense sont vécus comme une violation véritable » de la souveraineté des Etats.
Qui plus est, à côté, il y a l’accord d’assistance technique et militaire, lorsqu’il existe, qui est perçu comme une entrave à toute initiative de coopération avec un autre Etat dans le sens d’un allègement de ses dépenses militaires, via la diversification de ses fournisseurs. Un autre élément qui accroît l’intérêt de ce débat souhaité sans cesse par Nicolas Sarkozy, concerne la limitation faite aux Etats de ne s’approvisionner que chez les industriels français. En le faisant, la France ne fait pas que verrouiller le marché, elle exprime en filigrane, dans un dispositif prétendument mû par des intérêts stratégiques, un intérêt manifeste pour des préoccupations commerciales et économiques.
Pour l’Afrique, en tout cas, cette rénovation des accords de défense est riche de promesses dans le contexte de mondialisation des économies et de globalisation des
flux commerciaux. En prélude au « nouveau partenariat » en matière de sécurité qu’appelle fortement le président français, jusque-là l’attentisme des dirigeants du continent donne à penser que
c’est à Nicolas Sarkozy qu’il revient d’indiquer le contenu qu’il entend lui donner. A commencer par la nouvelle doctrine qu’il devrait revêtir, en tenant compte des enjeux du moment, ainsi que
ceux à venir. Ce n’est pas moins un piège global pour l’Elysée, héritière du « Gaullisme », à cause du contenu anachronique de plusieurs pans de ces accords de défense jugés « obsolètes » par son
nouveau locataire. En somme, incompatibles avec toute perspective de partenariat véritablement équilibré et profondément novateur. Aujourd’hui.
Notre Seigneurie veut modifier les termes de la présence française en Afrique? Parlons aujourd'hui, et à la veille de la présidence française de l'UE, d'une
coopération entre l'Afrique et l'Europe. Parlons aussi de co-développement, de véritable co-développement, et non pas seulement de politique d'"immigration choisie", de pillage des
cerveaux...
Enfin, que Sarko 1er, d'un discours l'autre, cesse de montrer, par ses dires et ses actes, l'inconsistance d'une politique globale de long terme.

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