Sarkozy prend l'air
Besoin d’air? Toujours est-il que Nicolas Sarkozy s’offre lundi et mardi un voyage équatorial en Guyane pour son premier déplacement de président dans un territoire outre-mer. Le chef de l’Etat a décidé de consacrer l’essentiel de sa visite dans la forêt amazonienne aux questions d’écologie, de biodiversité et de développement durable. Loin donc des sondages, des salariés d’ArcelorMittal et de Michelin qui s’inquiètent, de sa majorité parlementaire qui rouspète, de sa ville, Neuilly, qui se divise.
Mais pas loin des tristes fantômes, puisque David Martinon, qui devait l’accompagner, brillera par son absence. Le porte-parole de l’Elysée a annoncé dimanche à l’AFP qu’il n’accompagnerait «sans doute pas» le président lors de son déplacement, comme prévu initialement. Martinon devait être du voyage avec le chef de l’Etat qui, selon son service de presse, doit s’envoler vers 22 heures du pavillon d’honneur d’Orly pour la Guyane. Oui, mais il est puni pour avoir été débarqué de la campagne des Municipales à Neuilly, débarqué notamment par un certain Sarkozy... Jean!
L’orpaillage sous contrôle
Lundi, Sarkozy donnera donc à Camopi, un village amérindien à la porte du plus grand parc naturel «européen», le coup d’envoi de la partie strictement «française» de son séjour par un discours sur l’environnement. L’occasion selon l’Elysée de dénoncer, comme il l’avait déjà fait à l’Intérieur, les ravages causés à la forêt par l’orpaillage illégal. Le président répétera ensuite à Cayenne ce message en faveur d’un développement respectueux de la nature devant les acteurs économiques du département le plus pauvre de France.
Illustration du dilemme «développement-environnement», il leur expliquera «franchement et directement» son récent refus d’autoriser un projet de mine d’or à ciel ouvert à Kaw (est), qui prévoyait la création de 900 emplois directs et induits dans une région ravagée par le chômage. Le Medef Guyane a d’ailleurs appelé à un «arrêt total de toute forme d’activité» lundi matin, lors de la visite présidentielle, «afin de le sensibiliser sur la détérioration croissante de l’économie régionale».
Sarkozy détaillera également dans le chef-lieu guyanais la future loi-programme pour l’outre-mer, et notamment le montant très attendu des réductions fiscales qui seront accordées aux «zones franches globales d’activités» hors métropole. Cette première journée lui permettra enfin de présenter sa vision de «l’avenir de la politique spatiale européenne» lors d’une visite du centre spatial de Kourou. Base de lancement des fusées européennes Ariane, et bientôt des fusées russes Soyouz, le «cap Kennedy» guyanais est l’un des principaux poumons économiques du département, dont il contribue à 30% au produit intérieur brut et représente 24% des emplois (7.000 directs et indirects).
Quelques «pistes» de partenariat avec le Brésil
Mardi, le président ouvrira la page internationale de son séjour en accueillant en voisin, au bord du fleuve qui délimite la frontière France-Brésil, son homologue Luiz Inacio Lula da Silva. Cette rencontre doit permettre de «souligner l’ancrage amazonien de la Guyane» et de «mettre un peu de concret» dans le très jeune partenariat stratégique franco-brésilien, espère-t-on à l’Elysée. Aucun contrat commercial ne devrait sortir de ce sommet, mais plus modestement quelques «pistes» de coopération future en matière de défense ou d’énergie nucléaire (faut pas perdre la main!) , le Brésil ayant annoncé son intention de relancer sa filière atomique civile, précise-t-on.
Au titre des préoccupations bilatérales, Sarkozy et Lula aborderont la question lancinante de l’immigration illégale (indispensable!) à destination de la Guyane, point de chute de quelque 25.000 clandestins brésiliens, surinamiens, guyanais ou haïtiens sur une population de 210.000 habitants. Selon l’Elysée, les deux pays annonceront des mesures concrètes en matière de lutte contre l’orpaillage et la pêche illicites à leur frontière.
Signe de leur volonté de faire du «tangible», ils pourraient enfin dévoiler le calendrier de construction d’un pont routier sur la rivière Oyapock, vieux serpent de mer équatorial.
Libération.fr source AFP