Solférino: le coup de bambou

Publié le par webmasters94

Gérald Andrieu - Marianne | Dimanche 07 Juin 2009 à 22:44

Annoncé au plus bas à 20%, le Parti socialiste écope finalement de 16,8% des voix. Pour Martine Aubry, c’est une claque. De là à savoir si certains vont demander sa tête mardi prochain lors du Conseil national du parti, c’est une autre histoire…








Je prends toute la mesure de la responsabilité du Parti Socialiste dans le score qui est le sien ce soir. » La dame de Lille a pris une claque. La dame de Lille a le visage qui marque. Mais la dame de Lille assume le résultat enregistré par le PS : entre 16 et 17% des suffrages exprimés. C’est bas. C’est même très bas comparé aux chiffres avancés par les instituts de sondage pendant la campagne.

Sa garde rapprochée, pour l’heure, fait bloc derrière elle. Pour Jean-Christophe Cambadélis, il n’est pas question de faire son « mea culpa ». Le directeur de campagne est même presque à deux doigts d’expliquer que c’est la faute aux Français en déclarant qu’il s’agit là d’un « score décevant... mais pas étonnant au regard de la participation extrêmement faible » ! Claude Bartolone sert peu ou prou le même discours.
Aurélie Filippetti, proche de Ségolène Royal, n’essaie pas non plus d’enfoncer la Première secrétaire. En tout cas, pas clairement. Tout juste concède-t-elle que le PS « n’a pas su parler d’Europe » et en appelle à « travailler avec les autres formations de gauche » pour « faire un grand parti » et « dépasser le PS ». La jeune responsable socialiste se montre même solidaire de Benoît Hamon : « On ne va pas faire de lui un bouc émissaire, ça serait un comble quand même ! » Christian Paul, le patron du « Laboratoire des idées » du PS est sur la même longueur d’ondes : « Il n’y a pas de plan B : on est un parti condamné à travailler ensemble. »
 
Un mardi des longs couteaux à prévoir ?
Ensemble ? Certains sont déjà en train d’aiguiser leurs couteaux. Un responsable d’une très importante collectivité territoriale lâche un laconique « C’est calamiteux ! » Malek Boutih, lui, ne s’embarasse de ce genre de phrase et attaque bille en tête la « patronne » : « Martine Aubry devrait se remettre en cause mais je crains qu'elle ne le fasse pas : plus ça va mal et plus on serre les rangs, c'est la culture de la direction actuelle. L'abstention ne peut expliquer, à elle seule, ce résultat. La vraie question est de savoir pourquoi nos électeurs ne sont pas venus voter ? Pourquoi nous n'avons pas su tirer les fruits de la situation sociale, économique et financière ? ». L’ancien responsable de SOS-Racisme a beau être un électron libre, les questions qu’il soulève risquent d’être reprises par d’autres lors du Conseil national de mardi. Ce sera peut-être pour certains responsables socialistes la date et le lieu pour formuler tout haut les nombreuses critiques qui ont circulé tout bas durant la campagne. Des critiques que plus personne n’osait aborder, hier soir, à Solférino.
 
Une campagne menée en solitaire par Aubry…
Dès la désignation des têtes de listes, par exemple, la « méthode Aubry » a créé le malaise. Vincent Peillon parachuté « à l’insu de son plein gré » dans le Sud-Est, Henri Weber imposé contre l’avis des militants dans la région Centre, Benoît Hamon héritant de la troisième et délicate place en Île-de-France, la campagne a très mal commencé. De quoi donner le bâton pour se faire battre aux barons locaux qui, à l’image de Gérard Collomb, se répandent en critiques sur la place publique à l’égard de la Première secrétaire.
Ces critiques vont disparaître un temps pour mieux revenir quelques semaines plus tard. Martine Aubry déciderait seule de tout ou presque et, comble de l’autoritarisme, ne passerait qu’en coup de vent à Solférino. Du coup, la « patronne » du PS est obligée de se justifier dans les médias sur le ton : « les-anciens-premiers-secrétaires-étaient-députés-moi-je-suis-maire »…
 
Une campagne mal pensée…
Au-delà de la forme, le fond aussi est critiqué. Martine Aubry opte d’entrée pour une campagne centrée sur l’antisarkozysme. Mais d’autres formations ont choisi ce créneau et, en premier lieu, le MoDem de François Bayrou qui a décidé d’en faire son fonds de commerce. Cette fois, « la mère des 35 heures » ne peut plus se contenter de se justifier et décide de changer radicalement de cap. Il lui faut se démarquer à tout prix et finit par annoncer ne plus vouloir être « l’opposante numéro 1 » mais « la proposante numéro 1 ». Un revirement qui arrive trop tard pour bon nombre de caciques du parti, comme Pierre Moscovici. Lui et quelques autres en viennent même à pointer du doigt le manque d’ambition de Martine Aubry et de son équipe rapprochée.
 
Une ambition au ras des pâquerettes…
Pourtant, ce manque d’ambition, dès le début de la campagne, Jean-Christophe Cambadélis n’en fait pas mystère. Son argumentaire est simple. En 2004, le PS bénéficiait de « la dynamique » des élections régionales précédentes. Cette dynamique n’est plus là. A cela s’ajoute explique-t-il, le fait que le nombre d’eurodéputés auquel peut prétendre la France a été revu à la baisse. Il ne faut donc pas imaginer faire des miracles ! D’ailleurs, depuis le meeting parisien du PS au Cirque d’hiver, Jean-Christophe Cambadélis n’aura eu de cesse d’expliquer que les intentions de vote attribuées au PS par les sondeurs (entre 20% et 25%) correspondent à son score « habituel ».
 
Un programme très tiède : le Manifesto…
Et pour faire mieux que son score « habituel », le PS n’a pas vraiment pu compter sur son programme. La politique du compromis du Parlement européen tant décriée, le Parti socialiste a eu la « judicieuse » idée de se l’imposer pour sa campagne avec son programme commun avec les autres partis socialistes et sociaux-démocrates européens : le Manifesto. Certes, entre la version originale du texte et sa version française, il y a eu des ajustements. Mais dirigeants et militants socialistes sont nombreux à confier leur désarroi : le Manifesto se contente de lister des déclarations d’intention et oublie d’avancer des idées concrètes. Pis : il a été pour ainsi dire imposé aux militants sans réelle concertation.
 
Une guerre ouverte à venir ?
Martine Aubry a donc eu à faire face durant toute la campagne à une guerre larvée. Mais de la guerre larvée à la guerre ouverte, il n’y a qu’un pas. Surtout au PS. Et au vu des résultats de ce soir, elle pourrait éclater dès mardi prochain. Encore que certains semblent vouloir à tout prix conserver les équilibres existants. A suivre…

A force de se taper les uns sur les autres voilà le résultat désastreux de la guerre des
"cheffaillons"
, de mesdames et messieurs de la direction et de certains,  détenteurs de mandats d'élus.

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